Voici le début de ce documentaire. Les 2 parties suivantes sont accessibles sur Youtube.

La science ne dit pas que le big bang surgit du néant

En parlant du très scientifique big bang, qui a donné naissance à tout, l'auteur dit :

L'expansion de l'Univers est l'une des principales preuves que l'Univers a été créé à partir du néant.

Les équations de la relativité générale et de la mécanique quantique permettent effectivement de calculer ce qui se passait juste après le big bang, mais ne peuvent descendre jusqu'à l'origine. Il y a un horizon au-dessous duquel les équations ne s'appliquent plus et révèlent une profonde incompatibilité entre elles (l'espace-temps plat de la mécanique quantique est inconciliable avec la métrique variable de l'espace-temps en relativité générale). Le domaine de validité de la physique actuelle commence après le big bang. Il n'existe pas de théorie montrant qu'il n'y avait rien avant le big bang.

La théorie du tout

La "théorie du tout", cherchée depuis longtemps, permettra peut-être de réconcilier les deux aspects (mécanique quantique et relativité générale) et calculer ce qui se passait avant la limite de validité.

La Théorie M est une proposition de "théorie du tout" et c'est la plus sérieuse actuellement. C'est une généralisation des anciennes théories des cordes. Elle permet, pour certains, d'interpréter le big bang comme un choc de branes (un type de corde) dans un super univers plus grand. Il y aurait ainsi, chaque jour, plusieurs univers créés à partir du super-univers. D'où viendrait ce super-univers ? La question de l'origine n'est pas résolue, elle se voit déportée.

Dans tous les cas, cette théorie nous apprend que l'univers n'est pas sorti de nulle part, car ses résultats interdisent de concentrer de l'énergie ou de la matière dans un volume infinitésimal. D'autres théories impliquent cette impossibilité, dont la plus connue est la gravitation quantique à boucles. Par conséquent, il semble qu'il y aurait toujours eu quelque chose, de très petit. Notre esprit terrien, occidental, est habitué à ce que tout ce qui existe ait une naissance. Comme souvent en science, peut-être devrions nous simplement dépasser notre intuition pour admettre la réalité.

La religion est-elle aussi fiable que la science ?

Un croyant rétorquerait que la science tourne en rond en envisageant qu'il existait quelque chose avant et au-dessus de notre univers (chocs de branes). Ce serait oublier qu'elle parcourt le cercle vicieux en empruntant une série d'axiomes, de postulats, de modèles et d'équations bien plus rigoureux et vérifiés que les récits de la vie d'une hypothétique personne se prétendant prophète.

L'argument du croyant n'est même pas opposable à la physique lorsqu'on se rappelle que la religion tourne tout autant en rond. Qui a créé Dieu ?

Le match est nul. La science tourne certes en rond, mais au terme d'un long processus d'observations, de calculs et de raisonnements qui nous ont énormément appris sur le monde. Ces processus et ces connaissances induites se sont révélés si exacts qu'ils nous ont permis de dompter la matière et l'énergie pour nous fournir aujourd'hui l'électronique, Internet, la téléphonie sans fil, le GPS, l'exploration spatiale, l'analyse ADN, la médecine, et cætera.

La fiabilité de la discipline scientifique est ainsi vérifiable par notre technologie. La fiabilité de la religion est-elle vérifiable ?

Une explosion n'empêche pas l'émergence d'un ordre

Si nous voyons une explosion aboutir à un ordre très précis, alors nous pouvons conclure qu'il y a intervention d'une intelligence derrière cette explosion.

Notre univers est effectivement dans un ordre parfait dans le sens où ses constantes physiques et ses lois lui permettent de fonctionner (équilibres, interactions, réactions, etc). Mais nous sommes bien au sein d'un mouvement explosif, où tout est éjecté. Il se trouve que l'explosion du big bang a eu lieu il y a si longtemps que les interactions électromagnétiques et gravitationnelles ne permettent plus d'entretenir un chaos à notre échelle. Nous ne sommes plus dans la fournaise des premières secondes. Les nuages de gaz sont libres de s'agglutiner en étoiles, fusionner (au sens nucléaire), former des planètes.

Le chaos d'une explosion diminue avec le temps et, si les constantes physiques le permettent, au bout d'un certain temps, les débris de l'explosion arrivent à se combiner tranquillement en amas, galaxies, étoiles, planètes, satellites, cellules et vie.

L'existence de l'univers soumise à un improbable équilibre

Une mesure attentive place le taux d'expansion très près d'une valeur critique à laquelle l'univers échappe tout juste à sa propre gravité et poursuivra son expansion indéfiniment.

En effet, si la constante cosmologique était en dessous du seuil, l'Univers s'écroulerait et mourrait. L'auteur en conclut qu'il y a une intervention divine derrière cette constante, comme derrière de nombreuses autres constantes physiques étonnamment justes. Nous allons voir que l'apparition de notre univers était très probable si l'on imagine qu'il s'en crée de nouveaux chaque seconde, et que, de toute manière, notre présence n'implique absolument pas un miracle.

La perception des coïncidences par l'esprit humain

L'intuition humaine est très mauvaise. Lorsqu'on a de la chance dans la vie, lorsqu'une coïncidence surprenante nous arrive, on pense instinctivement à un ange gardien, à un Dieu. Sans doute notre cerveau arrondit-il les probabilités infinitésimales à zéro. C'est une erreur. Une probabilité de 1/10000000 n'est pas une probabilité nulle. Le gagnant du loto d'hier a joué ses numéros à l'avance, à l'aveugle, comme 30 millions de concurrents. Il peut se dire qu'il a été aidé par Dieu, mais 30 millions de personnes autour de lui n'ont, à l'inverse, aucune raison de croire en Dieu. Un calcul trivial montre qu'une probabilité infinitésimale multipliée par un nombre de tentatives assez conséquent donne un ou plusieurs gagnants. Une multiplication n'a rien de divin.

L'apparition fréquente d'univers improbables

Si la théorie des branes (cf. ci-dessus) est exacte, l'infinité de collisions qui existent à chaque instant dans le super univers, multipliées par une probabilité aussi faible soit-elle, donne un résultat positif : quelques univers stables sont créés régulièrement dans notre super univers. Dans cette hypothèse, l'existence de notre univers en parfait équilibre n'est pas un miracle divin mais constitue une issue statistique.

Contraposées et réciproques, sources d'erreurs de raisonnement

Si une rue est embouteillée, alors plus d'une voiture roule sur la chaussée. Cette phrase exprime une relation d'implication (un embouteillage implique la présence de voitures). Les relations d'implication n'admettent que des contraposées, conformément à la définition de l'implication en logique propositionnelle. La contraposée de notre phrase est « si aucune voiture ne roule dans une rue, alors il n'y a pas d'embouteillage ». On intervertit la cause et la conséquence et on exprime la négation de chacune. Tout est correct.

Une erreur de raisonnement courante consiste à formuler, en toute bonne foi, une réciproque à partir d'une relation d'implication. Formuler une réciproque consiste à intervertir deux propositions sans exprimer leur négation. La réciproque de notre phrase serait « si plus d'une voiture roule dans une rue, alors il y a un embouteillage ». Cela est faux, une rue n'est pas embouteillée avec 2 voitures. La raison de ce raisonnement erroné est que nous sommes partis d'une relation d'implication. Les réciproques ne sont déductibles qu'à partir des relations d'équivalence.

Dans les relations d’équivalence, il n'y a pas de lien de causalité, on dit deux fois la même chose et cela autorise une interversion. Voici une relation d'équivalence : « une rue embouteillée est une rue encombrée de voitures ». L'interversion produit « une rue encombrée de voitures est embouteillée ». Tout est correct. Mais personne ne peut affirmer qu'il y a une équivalence entre l'existence de Dieu et l'existence de l'Univers. Une personne rigoureuse doit se contenter de la relation d'implication que nous allons énoncer ci-dessous.

Contraposée et réciproque, le bon raisonnement

Si l'univers n'existait pas dans un équilibre parfait, alors nous ne serions pas là. Quelle est la contraposée de cette implication incontestable ? Par définition, on intervertit la cause et la conséquence et l'on énonce leur contraire : « si nous sommes là, alors l'univers existe dans un équilibre parfait ».

Or, nous sommes là. Donc l'univers existe dans un équilibre parfait. Il n'est nul besoin d'invoquer l'action de Dieu. D'un point de vue probabiliste, cette conclusion - triviale ou évidente pour beaucoup - se traduit comme suit. La probabilité pour que l'univers soit dans un équilibre parfait sachant que nous sommes là est de 1/1. Or, nous sommes là, donc c'est elle qu'il faut considérer. Elle n'est pas infime, elle est certaine.

Le détournement des écrits scientifiques

Ce documentaire présente assez fidèlement les connaissances apportées par la science - modulo quelques inexactitudes - mais en conclut n'importe quoi, par défaut d'interprétation. En outre, il prolonge malicieusement les citations des physiciens par des phrases qui l'arrangent. Ainsi :

Une explosion ne fait qu'éparpiller la matière, tandis que le big bang a mystérieusement produit l'effet inverse en assemblant la matière sous forme de galaxies. Fred Hoyle


Le commentateur enchaîne, sans la moindre pause :

Si une explosion aboutissait à un grand ordre, on ne pourrait pas manquer de reconnaître l'intervention d'un créateur à chaque instant de cette explosion.


Le physicien n'a jamais dit ça. Il s'interroge sur un paradoxe, comme il y en a partout en physique. Ces paradoxes ne sont qu'apparents et la physique a pour rôle de les lever.

Conclusion

Le rôle de la physique est de dépasser l'intuition, la facilité. Dans le cas contraire, chacun serait expert en physique, au bac comme après 8 ans d'études spécialisées. Le dépassement de l'intuition est laborieux, l'avancée de l'humanité dans la construction de son édifice scientifique minutieux est lente.

Au contraire, la religion est un produit de la belle et formidable intuition humaine, c'est pourquoi elle existe depuis la nuit des temps. Est-elle si lointaine qu'elle se soit ancrée dans notre inné ? Tant ancrée qu'elle soit l'un des rares domaines où l'humanité peine à se moderniser ?